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        <title><![CDATA[Alia Futura]]></title>
        <description><![CDATA[]]></description>
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        <lastBuildDate>Wed, 11 Mar 2026 16:41:44 +0000</lastBuildDate>                
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                                <title><![CDATA[INTERVENTION A L’ANNIVERSAIRE DU CRITEO AI LAB  3 OCTOBRE 2019]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>Mesdames, Messieurs,</p><p>J’ai l’honneur de clôturer cette matinée. Et à cette occasion, les organisateurs<br>m’ont demandé de faire un rapide bilan de l’impact de l’intelligence<br>artificielle sur nos sociétés, et des questions qu’elle peut susciter.</p><p><br></p><br /><p>La littérature est abondante sur le sujet. J’ai eu la chance, comme Directeur<br><br>Général des Echos, co-fondateur de Viva Technology avec le Groupe Publicis et<br>maintenant Président d’un cabinet de conseil en stratégie, d’assister à son<br>développement spectaculaire depuis une dizaine d’années dans tous les secteurs<br>de l’économie.</p><p><span style="font-size: inherit; font-weight: inherit; background-color: rgb(255, 255, 255);">&nbsp;Ce développement spectaculaire, il faut bien le comprendre, est lié</span><br></p><p>à la progression exponentielle de la puissance de l’ordinateur depuis 50<br>ans ; une progression qui nous a fait entrer, selon les termes de certains<br>économistes, dans « la seconde partie de l’échiquier », celle de<br>l’accélération exponentielle des technologies avec son corollaire : une<br>difficulté de plus en plus grande à les maitriser. C’est vrai pour les<br>nanotechnologies, pour les biotechnologies, pour les sciences cognitives, et<br>bien évidemment pour l’intelligence artificielle. C’est ce constat que je fais<br>dans mon dernier livre : « Le Monde qui vient », paru il y a<br>quelques jours.<br><br>La question se pose donc, de plus en&nbsp;plus obsédante : « où ces progrès technologiques, et notamment ceux<br>de l’intelligence artificielle, nous mènent-ils ? »<br><br>Je me dois tout<br>d’abord de vous préciser que je ne suis pas un technophobe, ni un déclinologue.<br>Je ne crois pas à la Singularité technologique, au sens où la machine pourrait<br>atteindre dans un horizon de temps limité (Ray Kurzweil parle de 2045) une<br>intelligence globale, supérieure à celle de l’homme. La plupart des experts<br>travaillant sur le sujet considèrent en effet que les systèmes d’intelligence<br>artificielle n’ont pas la capacité d’inventer par eux-mêmes des concepts<br>neufs ; ils sont limités par construction et ne peuvent que respecter la<br>configuration des algorithmes et des jeux de données qui leur sont fournis. <br><br>Alors&nbsp;pourquoi cependant ce mythe de la Singularité Technologique reste-t-il aussi<br>vivace ? Je vais tenter une double explication. Tout d’abord, les<br>financiers adorent qu’on les fasse rêver. Ces discours permettent de lever des<br>fonds considérables : 27 M USD par exemple pour Neuralink en 2017, avec la<br>promesse d’Elon Musk d’augmenter les capacités humaines en connectant le<br>cerveau à l’ordinateur muni d’une intelligence artificielle. Une fiction, me<br>direz-vous ? C’est probable. Mais sur le chemin, Neuralink fera probablement<br>des progrès sur la connaissance du cerveau. Et c’est là, ma deuxième<br>explication. La Singularité technologique pourrait bien être un épouvantail, érigé<br>par la Silicon Valley, pour détourner l’attention des véritables problèmes, eux<br>bien réels, auxquels nous sommes déjà confrontés.</p><p><br>Ces problèmes quels sont-ils ?<br><br>Il y a&nbsp;évidemment des problèmes techniques sur la maîtrise des data, sur la<br>traçabilité du résultat, sur les possibilités de biais… Je ne doute pas qu’on<br>puisse progressivement résoudre ces questions qui nuisent à l’efficacité du<br>système. Il y a également le sujet de la délégation de la décision. Une<br>intelligence artificielle pourra-t-elle demain décider à la place d’un<br>médecin ? d’un juge ? d’un recruteur ? Là encore, le bon sens<br>l’emportera certainement en imposant une validation humaine et une<br>collaboration entre l’homme et la machine.&nbsp;</p><p><br>Je voudrais plutôt attirer votre&nbsp;attention sur deux autres dangers, qui me paraissent autrement plus importants.<br><br>Celui des données et de leur&nbsp;utilisation tout d’abord.<br><br>Pour nourrir&nbsp;l’intelligence artificielle, nous avons au cours des dernières années tout<br>transformé en données. Les smart cities collectent la data pour fluidifier la<br>circulation, économiser l’énergie, surveiller la qualité de l’air, collecter et<br>trier les déchets… Les applications de nos smartphones enregistrent notre<br>localisation, nos messages, nos contacts, nos achats, notre activité pour nous<br>aider à communiquer, nous déplacer, faciliter notre consommation, travailler et<br>nous soigner… Elles nous apportent un confort, une sécurité, une assistance<br>auxquels nous imaginerions mal renoncer.<br><br>Mais, avec&nbsp;les mêmes technologies, la Chine installe sur son sol 172 millions de caméras<br>de reconnaissance faciale et parvient à arrêter en 6 minutes un fiché pour<br>crime économique au milieu de 60.000 personnes assistant à un concert. Dans la<br>plupart des grandes villes du pays, votre visage s’affiche sur un écran géant quand<br>vous traversez en dehors des clous, et vous recevez automatiquement une amende<br>sur votre téléphone. A Hangzhou, le système d’information central de la ville,<br>chargé initialement de fluidifier le trafic, transmet à la police les données<br>de vidéosurveillance pour l’aider à repérer les contrevenants. Et dans plus<br>d’une quarantaine de municipalités, ces données publiques comme privées sont rapprochées<br>pour noter le citoyen et lui offrir, en fonction de cette notation, des<br>avantages ou au contraire le punir en l’empêchant de voyager, d’emprunter ou de<br>devenir fonctionnaire. C’est le système du crédit social dont Pékin a annoncé vouloir<br>se doter en 2021 ou 2022, et qui pourrait être généralisé dans tout le pays à<br>la même date… avec cette justification de Xi Jinping, « le sentiment de<br>sécurité est le meilleur cadeau qu’un pays puisse offrir à son peuple » !<br><br>Mais il n’y&nbsp;a pas qu’en Chine où l’utilisation des données et de l’intelligence<br>artificielle pose débat. Selon une étude des universités de Cambridge et de<br>Stanford en 2015, Facebook connait mieux ses utilisateurs que leurs proches. En<br>effet, au-delà de 70 likes, son algorithme est capable de mieux répondre à un<br>questionnaire de 100 questions portant sur un utilisateur du réseau social que<br>les amis de celui-ci ; et au-delà de 150 likes, il y répond mieux que sa<br>famille. L’entreprise utilisait cette étude en 2016 et 2017 pour convaincre les<br>annonceurs de prendre des publicités chez elle. Depuis l’affaire Cambridge<br>Analytica, c’est surprenant : elle n’en revendique plus les résultats.<br><br>L’objectif&nbsp;de toutes ces applications est de nous aider à mieux maitriser notre<br>environnement, à prendre des décisions avec un maximum de sécurité, jusqu’à<br>anticiper nos moindres désirs. Mais en voulant écarter toute forme de hasard,<br>nous nous rapprochons d’une norme souhaitable, définie par le marché dans<br>certains cas, ou par un état autoritaire dans d’autres ; jusqu’à abdiquer<br>une large part de nos libertés.<br><br>Prenons le&nbsp;cas du projet Baseline Study lancé par Alphabet, la maison-mère de Google. Il<br>consiste à établir, selon les termes de l’entreprise, une cartographie d’un<br>corps en pleine santé, « un véritable Google Earth de la santé<br>humaine ». Pour y parvenir, la société a recruté 10.000 volontaires<br>majeurs qui partagerons pendant quatre ans leurs données biologiques,<br>génétiques et leurs mesures quotidiennes d’activité. Amazon, Apple et Facebook<br>ont également des programmes de ce type. La question devient alors : quel<br>impact quand vos données s’écartent du standard ? Ne faut-il pas prendre<br>immédiatement des mesures, y compris médicales, pour revenir dans la<br>norme ? Quel impact sur la procréation et notamment sur les diagnostics<br>préimplantatoires autorisés dans de nombreux pays ? Faut-il faire naître<br>des bébés qui ne présenteraient pas tous les critères d’un bébé sain ? Et à<br>quel prix pourra-t-on encore assurer des individus porteurs de risques avérés<br>ou simplement statistiques ? <br><br>Le sujet du&nbsp;consentement à l’usage de nos données et à leur traitement est un sujet<br>essentiel du Monde qui vient. RGPD nous a fait franchir un pas important.<br>Néanmoins, notre consentement est trop souvent extorqué par lassitude face à<br>des conditions générales trop compliquées et par crainte de ne plus pouvoir<br>poursuivre notre parcours. Il est urgent de simplifier et clarifier les étapes<br>de ce consentement. Il est également nécessaire de s’assurer des conditions de<br>rapatriement de ces données dans des pays étrangers, aux législations moins<br>sourcilleuses que les nôtres, et de leur utilisation dans des domaines pour<br>lesquelles elles n’ont pas été collectées. <br><br>Ces&nbsp;garde-fous risquent cependant de ne pas peser lourds face au pouvoir monopolistique<br>des Gafam. Comment résister à leur capacité de récolter nos données à tout<br>moment, notamment au travers de leurs assistants personnels qui sont en<br>train de nous devenir indispensables ? Et comment ensuite les empêcher de les<br>utiliser dans beaucoup d’autres domaines : de la banque à l’assurance, ou de<br>la sécurité à la santé ? Facebook pour mieux contrôler nos transactions<br>crée le libra. Amazon investit dans une pharmacie en ligne et annonce la<br>création d’une assurance santé pour ses salariés avec Berkshire Hathaway et JP<br>Morgan. Fait significatif : le même jour, le secteur de la santé aux USA<br>voit sa capitalisation boursière s’effondrer de plus de 30 MM USD. Le marché a<br>clairement perçu le danger. A nos dirigeants d’en faire de même et d’y mettre<br>un frein. Aux consommateurs d’en prendre conscience et de ne plus se laisser<br>abuser.<br><br>Je voudrais en venir à un deuxième&nbsp;danger, redouté par beaucoup, celui que la machine remplace rapidement l’homme<br>dans son travail.<br><br>La&nbsp;littérature est encore abondante sur ce sujet. David Graeber, anthropologue<br>anarchiste américain, a connu un succès phénoménal l’an dernier en parlant de<br>« Bullshit jobs », et en considérant que près d’un emploi sur deux ne<br>sert déjà à rien. Yuval Harari parle dans son livre « Homo Deus »<br>d’une classe devenue inutile. Je dois vous dire que je ne partage pas leur<br>analyse.<br><br>Dans une&nbsp;étude passionnante sortie en 2018 à l’occasion de Viva Technology, Mc Kinsey a<br>évalué le nombre d’heures travaillées en 2016 par secteur dans 15 pays<br>occidentaux et leur évolution d’ici à 2030 en fonction de projections<br>économiques. Il les a reliées ensuite à 25 compétences rassemblées en 5 grandes<br>familles. <br><br>Qu’en&nbsp;ressort-il ? <br><br>La quantité&nbsp;de travail entre 2016 et 2030 ne devrait pas reculer, mais au contraire<br>progresser de 5%, confirmant les théories de la plupart des économistes sur<br>l’innovation. En revanche, les compétences attendues sur le marché vont<br>profondément évoluer, faisant la part belle aux compétences technologiques,<br>créatives et intellectuelles élevées mais aussi aux compétences sociales et<br>émotionnelles, et délaissant les compétences physiques et manuelles ou<br>intellectuelles basiques remplacées par la machine.<br><br>Le marché du&nbsp;travail est en train de se polariser avec d’un côté des salariés hautement<br>qualifiés aux salaires élevés, de l’autre des travailleurs pauvres, essentiellement<br>présents dans les services à la personne. A titre d’exemple, aux USA, les<br>salaires des diplômés de l’équivalent du baccalauréat ont été multipliés par 8<br>depuis 1980, ceux des non diplômés sont restés stables.<br><br>La même&nbsp;évolution se voit au niveau mondial. Depuis 25 ans, les 1% les plus riches<br>captent 27% de la croissance des revenus mondiaux. Les 50% les plus pauvres,<br>seulement 12%. Des éruptions comme celle des gilets jaunes en France, du<br>mouvement 5 étoiles en Italie, ou la montée des populismes dans de nombreux<br>pays sont autant d’avertissements. Il faut corriger la trajectoire.<br><br>Comment ?<br><br>Une bonne&nbsp;partie de la réponse, même si ce n’est pas toute la réponse, se situe dans<br>l’éducation et la formation. Le savoir technique sera à l’avenir de plus en<br>plus rapidement obsolète car il pourra être remplacé par la machine. Il faudra<br>donc favoriser dans l’éducation la créativité, le raisonnement, le sens<br>critique, l’adaptabilité, la capacité à communiquer et collaborer avec les<br>autres… Un rééquilibrage devra être également opéré entre des études<br>supérieures, aujourd’hui de plus en plus longues, alors qu’il faudrait<br>consacrer de nouveaux moyens à un droit à la formation continue tout au long de<br>la vie. Nos enfants pratiqueront certainement au cours de leur carrière quatre<br>à cinq métiers différents, dont certains parfois en même temps. Aborder ces<br>changements sans stress particulier, avec un accompagnement régulier de mise à<br>jour des compétences devient dès lors une nécessité.<br><br> <br><br>En conclusion, <br><br>Nous avons&nbsp;vécu depuis trois siècle sur une croyance majoritaire héritée des Lumières. Le<br>progrès technologique conduit au progrès économique, qui conduit lui-même au<br>progrès social, culturel et moral. Cela semble d’ailleurs avoir plutôt bien<br>fonctionné au cours des dernières décennies. L’espérance de vie moyenne dans le<br>monde est passée de 46 ans en 1950 à 70 ans actuellement. Le taux d’extrême<br>pauvreté a chuté de 82% à 9% en un siècle. On meurt plus aujourd’hui de<br>suicides que de conflits armés. La chaine causale semble pourtant, depuis quelques<br>années, s’être brisée avec la crise environnementale, la montée des inégalités,<br>la fragilité des démocraties, ou la difficulté à maitriser les enjeux éthiques.<br>Dépassés par la vitesse de ces révolutions, nos gouvernants n’ont souvent pas<br>su bâtir un discours à moyen terme sur ces sujets et fixer une perspective. La<br>logique purement économique a alors prévalu, laissant des entreprises privées,<br>devenues rapidement monopolistiques, imposer leur vision et leur agenda.<br><br>Pourtant, ma&nbsp;conviction profonde est que, dans le Monde qui vient, cette dimension<br>économique ne pourra plus se décliner sans lui adjoindre une dimension sociale,<br>écologique et éthique. Beaucoup de faisceaux convergent dans cette direction.<br>L’émergence en quelques semaines de Greta Thunberg en nouvelle icône mondiale<br>de la défense de l’environnement capable de mobiliser des millions de jeunes<br>partout dans le monde et la procédure engagée par 50 procureurs américains<br>contre Google sont deux exemples parmi d’autres que les choses bougent.<br><br>L’Europe a&nbsp;raté la révolution digitale. Elle peut peut-être gagner celle de la défense de<br>l’environnement, des libertés individuelles et d’un nouveau pacte social. Elle<br>peut peut-être également sur ce modèle attirer des talents du monde entier qui<br>fuiront le techno libertarisme de la Silicon Valley ou le techno-dirigisme de<br>la Chine. Ses entreprises pourront peut-être également en profiter pour<br>répondre à cette nouvelle attente des consommateurs pour des produits plus socialement,<br>écologiquement et éthiquement responsables afin de bâtir ainsi une nouvelle<br>croissance. C’est un pari en tous cas qui mérite d’être tenté. Je vous<br>remercie.</p>]]></description>
                                <pubDate>Thu, 28 Nov 2019 10:33:19 +0000</pubDate>
                                <guid>https://www.aliafutura.com/b/intervention-a-lanniversaire-du-criteo-ai-lab--3-octobre-2019</guid>
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                                <title><![CDATA[INTERVIEW OUEST FRANCE DU 29 SEPTEMBRE 2019]]></title>
                                <description><![CDATA[<p style="font-weight: bold;">OF :</p><p><span style="font-weight: bold;">Le monde qui vient bouleverse nos certitudes les mieux établies ?</span><br>À la fin du siècle dernier, un&nbsp;professeur de physique disait que la limite principale du cerveau humain,<br>c’était de ne pas comprendre la fonction exponentielle.&nbsp;</p><p>Depuis le milieu des&nbsp;années 60, la puissance de calcul des circuits intégrés&nbsp;</p><p>a doublé d’abord tous&nbsp;les ans, puis tous les 18 mois, maintenant environ&nbsp;</p><p>tous les deux ans,&nbsp;aboutissant à des ordinateurs capables de faire&nbsp;</p><p>plusieurs&nbsp;milliers de milliards&nbsp;d’opérations à la seconde.&nbsp;</p><p>Cela débouche sur des progrès considérables dans des<br>quantités de secteurs technologiques. Nous sommes en train d’entrer dans</p><p> une&nbsp;quatrième révolution industrielle aux impacts majeurs sur nos usages,&nbsp;</p><p>nos vies, nos sociétés.</p><br /><p><span style="font-weight: bold;">OF :</span></p><p><span style="font-weight: bold;">Tous les secteurs d’activités sont touchés ?</span><br>Prenez les nanotechnologies. On arrive à<br>manipuler la matière à l’échelle de l’atome. De la même façon, le séquencement<br>des gènes a fait des progrès considérables. Ce qui coûtait trois milliards<br>d’euros en 2003 demandera moins de 100 euros avant la fin de la décennie. Demain,<br>chacun pourra faire séquencer son ADN pour moins cher qu’une prise de sang. Dans<br>le domaine des sciences cognitives, on interprète de mieux en mieux les signaux<br>électriques envoyés par le cerveau. L’intelligence artificielle est<br>omniprésente dans tous nos usages. Ces différents progrès sont facilités par la<br>puissance de calcul des ordinateurs. On entre dans ce que les économistes<br>appellent la deuxième partie de l’échiquier, celle de l’accélération<br>exponentielle des technologies avec son corolaire : une difficulté de plus<br>en plus grande à les maitriser.</p><p><br><span style="font-weight: bold;">OF :</span><br><span style="font-weight: bold;">Ce bouleversement de l’économie est aussi facteur d’inégalités.</span><br>Depuis 25 ans, les 1% les plus riches<br>captent 27% de la croissance des revenus. Les classes moyennes sont les plus<br>menacées car le marché du travail se polarise avec d’un côté des compétences<br>intellectuelles et technologiques de haut niveau bien rémunérées et de l’autre<br>des métiers de services avec des salaires très bas. A titre d’exemple, aux USA,<br>les salaires des diplômés du baccalauréat ont été multipliés par 8 depuis 1980,<br>ceux des non diplômés sont restés stables. C’est un sujet essentiel pour les<br>démocraties. Et le phénomène des gilets jaunes est à ce titre un avertissement.<br><br><span style="font-weight: bold;">OF :<br>La question de la formation est centrale ?</span><br>Absolument essentielle. Le savoir<br>technique va être de plus en plus rapidement obsolète. Il pourra être souvent<br>remplacé par la machine. Il faudra donc favoriser dans l’éducation la<br>créativité, le raisonnement, le sens critique, la communication, la capacité à<br>collaborer avec d’autres, l’adaptabilité... Il y aura aussi un rééquilibrage à<br>faire entre des études supérieures de plus en plus longues alors qu’il faudrait<br>consacrer de nouveaux moyens à la formation continue. <br><br><span style="font-weight: bold;">OF :<br>Dans ce monde qui vient les Américains et les Chinois se taillent la part du<br>lion. Pas les Européens pourquoi ?</span><br>Tout va très vite. Les huit premières<br>capitalisations boursières ont été créées il y a moins de 35 ans, souvent même<br>moins de vingt ans. Et ce n’est pas fini. Chinois et Américains ont disposé de<br>deux atouts dans cette révolution du digital : un grand marché et d’immenses<br>capacités de financement privées aux Etats-Unis ou publiques en Chine.<br><br><span style="font-weight: bold;">OF :</span><br><span style="font-weight: bold;">Mais il y a aussi un marché de 500 millions d’habitants en Europe.</span><br>C’est un marché fragmenté par les<br>langues et la réglementation.<br><br><span style="font-weight: bold;">OF :<br>Les Européens sont-ils définitivement hors-course ?</span><br>Je crains que nous ayons perdu la<br>bataille du digital. Ce sera extrêmement compliqué à l’avenir de se mesurer<br>avec des entreprises qui sont devenues des monopoles mondiaux. En revanche, il<br>y a deux batailles que l’Europe n’a pas encore perdues et qui sont essentielles<br>pour l’avenir de la planète.<br><br><span style="font-weight: bold;">OF :<br>Lesquelles ?</span><br>Prenez le développement durable. La<br>France dispose de nombreuses entreprises performantes comme Engie pour<br>l’énergie ou Veolia pour le traitement des déchets. Leur savoir-faire et leur<br>technicité sont des atouts considérables dans un monde où la question de<br>l’environnement va être centrale. Sur le plan des valeurs, l’Europe est en<br>pointe dans la défense des libertés individuelles, notamment avec sa<br>règlementation sur les données. Ce que n’ont su faire ni le modèle éco-libertarien<br>de la Silicon Valley ni le modèle techno-dirigiste de la Chine. Le consommateur<br>va devenir de plus en plus exigeant sur ces deux sujets. L’émergence en<br>quelques semaines d’une nouvelle icone mondiale sur la défense de<br>l’environnement comme Greta Thunberg, la procédure engagée par 50 procureurs<br>américains contre Google, sont quelques exemples parmi beaucoup d’autres que<br>les choses bougent. L’Europe a un rôle à jouer dans ce monde qui vient.<br><br><span style="font-weight: bold;">OF :</span><br><span style="font-weight: bold;">Mais la Chine et les Etats-Unis captent les cerveaux et les capitaux.</span><br>Entre un modèle chinois privé de liberté<br>et un autre américain où les inégalités ne cessent de se creuser, avec en toile<br>de fond des problèmes écologiques de plus en plus présents, l’Europe peut faire<br>entendre sa différence et attirer des talents sur un projet de civilisation qui<br>sera plus attirant que celui de ses deux concurrents.<br><br><span style="font-weight: bold;">OF :</span><br><span style="font-weight: bold;">Ce monde qui vient, c’est aussi un monde sans limites où on connaît tout de<br>vous.</span><br>Big brother est déjà là, en Chine, avec<br>le crédit social qui note les citoyens en fonction de leur comportement et les<br>172 millions de caméras de reconnaissance faciale installées sur son sol qui<br>permettent de les identifier et de les contrôler. Il est aussi là avec Facebook<br>qui, par ses algorithmes et les traces que vous laissez sur ses réseaux sociaux<br>ou ses messageries, vous connaît mieux que votre famille ou vos amis. Tout est<br>de plus en plus transparent. Progressivement aussi, on est en train de bâtir<br>une sorte de norme pour les individus. C’est particulièrement vrai en matière<br>de santé où en mettant tout sous forme de données, on crée de nouveaux<br>standards.</p><p><br><span style="font-weight: bold;">OF :<br>C’est la possibilité de choisir un enfant sur catalogue ?</span><br>À Los Angeles et dans un certain nombre<br>de pays dans le monde, des réseaux de cliniques privées proposent déjà ce type<br>de services. Quand vous arrivez sur la page d’accueil de l’une d’entre elles, le<br>Fertility Institute, c’est le choix du sexe de votre enfant, la couleur de ses<br>yeux, la possibilité de tester 400 maladies héréditaires avant l’implantation<br>de l’embryon, qui vous sont proposés en priorité. Dans un entretien, son directeur<br>expliquait d’ailleurs que sur 800 couples chaque année, 700 n’avaient aucun<br>problème de fertilité. Nos repères s’effacent avec une course à l’enfant sain,<br>performant choisi en fonction de critères préétablis et programmés. En Chine,<br>le Beijing Institute est en train de faire des essais sur des personnes qui ont<br>un QI de plus de 160 pour essayer de trouver des corrélations génétiques entre<br>elles. Sur toutes ces questions éthiques, l’Europe a là encore un rôle essentiel<br>à jouer.<br><br><span style="font-weight: bold;">OF :<br>Mais rien n’empêchera d’aller faire son « marché » ailleurs ?</span><br>C’est exact. C’est pourquoi la<br>coopération internationale est une nécessité même si elle est souvent un vœu<br>pieux. L’autre dimension, la plus efficace, c’est l’éveil des consciences. Car ce<br>sont les peuples, et notamment la pression des consommateurs qui feront bouger<br>les choses. Les arguments de protection de l’environnement et de respect des<br>libertés individuelles doivent devenir des arguments marketing puissants. Dans<br>le Monde qui vient, on ne doit pas pouvoir décliner la notion de transformation<br>digitale ou technologique sans celle d’impact positif pour l’homme. La<br>dimension économique a prévalu jusque-là ; on doit lui adjoindre la<br>dimension sociale, écologique et éthique.</p>]]></description>
                                <pubDate>Thu, 28 Nov 2019 10:27:34 +0000</pubDate>
                                <guid>https://www.aliafutura.com/b/interview-ouest-france-du-29-septembre-2019</guid>
                                <link>https://www.aliafutura.com/b/interview-ouest-france-du-29-septembre-2019</link>
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                                <title><![CDATA[Tribune Valeurs Actuelles du 14 novembre 2019 :  « Développement des technologies : comment y faire face ? » ]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>Le monde change, et il change à une vitesse&nbsp;jamais connue jusque-là.&nbsp;</p><p>La croissance exponentielle de la puissance de l’ordinateur fait</p><p>converger de nombreuses technologies (nanotechnologies, biotechnologies, informatique ou sciences cognitives) et nous précipite dans ce que certains appellent déjà «&nbsp;la quatrième révolution industrielle. Nous avons à peine intégré et compris la troisième<br>(celle des nouvelles technologies de l’information) que nous voilà plongés dans&nbsp;une nouvelle : celle de l’intelligence artificielle, des modifications&nbsp;génétiques, des thérapies géniques et des nouveaux matériaux...</p><br /><p>Le monde change, et il change à une vitesse</p><p>jamais connue jusque-là. La croissance exponentielle de la puissance de l’ordinateur fait<br>converger de nombreuses technologies (nanotechnologies, biotechnologies, informatique<br>ou sciences cognitives) et nous précipite dans ce que certains appellent déjà «<br>la quatrième révolution industrielle. Nous avons à peine intégré et compris la troisième<br>(celle des nouvelles technologies de l’information) que nous voilà plongés dans<br>une nouvelle : celle de l’intelligence artificielle, des modifications<br>génétiques, des thérapies géniques et des nouveaux matériaux... <br><br>Il s’agit d’un<br>progrès sur bien des aspects. Nous sommes en permanence connectés afin de<br>pouvoir mieux nous informer et prendre les meilleures décisions. Nous sommes<br>assistés dans notre vie quotidienne par des algorithmes pour faire à chaque<br>instant les meilleurs choix. Les technologies nous ont libérés d’un certain<br>nombre de tâches pénibles ou fastidieuses. Elles nous ont donné le pouvoir de<br>nous exprimer largement sur les réseaux sociaux à l’égal des experts ou des<br>puissants. Elles nous ont permis de mieux nous soigner, de réparer certains<br>handicaps, d’anticiper les maladies, jusqu’à imaginer un jour vaincre la mort.<br><br>Et en même<br>temps, avec 10 likes sur notre fil, Facebook nous connait mieux que nos collègues<br>de travail, avec 70 mieux que nos amis, avec 150 mieux que notre famille et<br>avec 300 mieux que notre conjoint[i].<br>La Chine installe sur son sol 172 millions de caméras de reconnaissance faciale<br>capables de nous identifier instantanément et nous épier à chaque instant. Elle<br>rassemble un nombre de données considérables sur le comportement de ses<br>citoyens afin de les noter et de leur attribuer des droits en fonction de cette<br>notation[ii].<br>De multiples officines, partout dans le monde, déversent chaque jour des<br>millions de fake news sur les réseaux sociaux et font dire au très sérieux<br>institut d’études Gartner qu’en 2022, les habitants des pays développés seront<br>plus exposés à de fausses informations qu’à de vraies[iii].<br>En novembre 2018, un scientifique chinois annonce la naissance de jumelles dont<br>le génome aurait modifié pour qu’elles ne puissent pas contracter le VIH[iv].<br>Des cliniques privées se multiplient dans les pays à la législation la plus<br>libérale pour proposer des « bébés à la carte » avec diagnostic<br>préimplantatoire, choix de la mère porteuse, choix du sexe, de la couleur des<br>yeux… et pas seulement pour les couples infertiles[v] ;<br>le phénomène est encouragé par les géants technologiques qui financent à leurs<br>employées la congélation de leurs ovocytes et parfois les frais de gestation<br>par autrui…<br><br>Promesse d’un<br>monde meilleur et danger d’un avenir qui vous échappe sont les deux faces d’une<br>même médaille : celle du progrès technologique. Ce n’est pas<br>nouveau ! Si ce n’est que les bouleversements qu’il entraine sont aujourd’hui<br>de plus en plus rapides, ses impacts potentiellement considérables pour l’homme,<br>et que ses principaux promoteurs ne sont plus les scientifiques ou les Etats<br>démocratiques, mais quelques géants privés ou régimes autoritaires, qui sont en<br>train de mettre la main sur des pans entiers de l’économie mondiale (données,<br>information, santé, finance, assurance, etc…) ou d’installer des systèmes de<br>contrôle tentaculaires. <br><br>« Le Monde<br>qui vient » sera-t-il dès lors un monde où chacun se rendra de plus en<br>plus transparent vis-à-vis de ces nouveaux pouvoirs technologiques ? Où<br>l’on choisira, sans s’en rendre forcément compte, d’arbitrer une large part de sa<br>liberté contre le sentiment d’une maitrise plus grande de son environnement et<br>de son destin ? Où la réelle capacité de s’informer, de décider, et demain<br>potentiellement de s’augmenter, sera réservée à une élite, faisant naître non<br>plus seulement des inégalités sociales mais de nouvelles inégalités<br>intellectuelles et biologiques ? <br><br>« Le Monde<br>qui vient » sera ce que nous en ferons. Il existe un chemin entre le modèle<br>techno-libertarien de la Silicon Valley, le régime techno-dirigiste de la Chine<br>et la tentation du retour en arrière ou du repli sur soi que nous proposent<br>actuellement les populistes de tous bords. C’est à nous, Européens, de le construire !<br>En imposant avec fermeté une réglementation aux géants technologiques pour<br>garantir la concurrence et protéger les libertés individuelles. En investissant<br>de manière volontariste sur l’éducation et la formation pour que chacun puisse<br>s’adapter à un environnement de plus en plus mouvant. En faisant en sorte que<br>la dimension économique ne soit pas la seule boussole de nos sociétés futures, mais<br>qu’on tienne compte également des dimensions sociales, environnementales et éthiques.<br>Sans les opposer d’ailleurs. Car de nouveaux modèles de business naîtront de<br>cette recherche d’équilibre. Il faut y voir une opportunité pour l’Europe de ne<br>pas se laisser distancer définitivement par les USA ou la Chine et de proposer<br>un modèle alternatif, plus soucieux de l’humain. A chacun d’entre nous,<br>politiques, entreprises, citoyens, consommateurs, de nous en saisir. Pour que « le<br>Monde qui vient » soit meilleur (ou en tous cas pas pire) que celui que<br>nous quittons ! <br><br> <br><br>[i]<br>Etude Facebook de 2015 auprès de 86 220 volontaires ayant un compte et<br>ayant accepté de répondre à un questionnaire de personnalité pour lequel ont<br>été comparées ensuite leurs réponses, celles de leurs collègues de travail,<br>amis, conjoints, et la prédiction de l’algorithme Facebook.<br><br>[ii]<br>Programme de « crédit social » expérimenté dans une quarantaine de<br>municipalités en Chine et ayant vocation à être généralisé en 2020 dans tout le<br>pays. <br><br>[iii]<br>Etude Gartner de 2017.<br><br>[iv]<br>Annonce faite en novembre 2018 par un chercheur chinois isolé mais considérée<br>comme crédible par la communauté scientifique.<br><br>[v]<br>Interview en 2010 de l’un des dirigeants de ces cliniques privées, indiquant<br>que dans son institut, sur 800 femmes ayant subi une FIV en 2009, 700 étaient<br>en parfaite santé et auraient pu avoir un enfant de façon naturelle.</p>]]></description>
                                <pubDate>Thu, 28 Nov 2019 10:22:52 +0000</pubDate>
                                <guid>https://www.aliafutura.com/b/tribune-valeurs-actuelles-du-14-novembre-2019----developpement-des-technologies--comment-y-faire-face---</guid>
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            <item>
                                <title><![CDATA[Pourquoi le libra de Facebook est bien loin de signifier liberté pour le consommateur.]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>En juin 2019,&nbsp;Facebook annonce&nbsp;le lancement pour début 2020 de « Libra »,&nbsp;une cryptomonnaie destinée à faciliter les transferts d’argent et les paiements&nbsp;en ligne. Celle-ci&nbsp;permettrait à ses 2,3 milliards d'utilisateurs&nbsp;d’acheter&nbsp;ou échanger des biens et services facilement sans sortir de son écosystème. Mais l'argument de simplicité et d'efficacité pour le consommateur pourrait se retourner bien vite en risque d'asservissement et d'utilisation abusive de ses données personnelles.</p><br /><p>En 2018, Mark Zuckerberg faisait&nbsp;savoir qu’il travaillait sur la technologie blockchain et qu’il confiait les&nbsp;rennes du projet à David Markus, ancien patron de Paypal et ex-membre du&nbsp;conseil d’administration de Coinbase, la plus grosse plateforme américaine&nbsp;d’échange de cryptomonnaies. En février 2019, le New York Times révélait que&nbsp;l’entreprise souhaitait développer un « Facebook Coin ». Et en juin 2019, le réseau social annonçait le lancement pour début 2020 de « Libra », une cryptomonnaie destinée à faciliter les transferts d’argent et les paiements en ligne. Celle-ci serait disponible sur ses plateformes et ses messageries et aurait pour objectif de permettre à ses 2,3 milliards d’utilisateurs d’acheter ou échanger des biens et services sans sortir de son écosystème. Déjà 27&nbsp;groupes et organisations (dont Uber, Spotify, Booking.com, Ebay) auraient rejoint le projet, souhaitant profiter d’un accès privilégié à ce gigantesque parc de clients potentiels. L’objectif serait d’en avoir rapidement plus d’une&nbsp;centaine.</p><p> <br>Si le bitcoin et le libra sont tous deux des cryptomonnaies, leur nature est en réalité bien différente. La blockchain du bitcoin est publique, c’est-à-dire ouverte et décentralisée. Celle du libra est privée, accessible seulement aux partenaires du projet. Le bitcoin se pose en concurrent direct du système monétaire existant, en émettant de la monnaie pilotée par des algorithmes. Le libra est pour l’instant plus modeste, en investissant en actifs sûrs (notamment en dettes d’Etats) les sommes reçues en contrepartie de son achat. Le cours du bitcoin est terriblement volatile. Celui du libra serait attaché à celui d’un panier de grandes devises, dont l’euro et le dollar, pour éviter des fluctuations trop importantes. Facebook se veut donc rassurant, en faisant de sa nouvelle initiative plus un outil de paiement qu’une monnaie. En est-elle pour autant moins dangereuse pour les Etats et les consommateurs ?&nbsp;</p><p><br>Le géant technologique défend son projet en soulignant la capacité pour ses futurs utilisateurs d’effectuer rapidement et simplement des achats ou transferts d’argent partout dans le monde, sans frais, via ses applications Messenger ou WhatsApp. Il relève également que le libra pourra constituer, pour les populations des pays en développement, une alternative stable à des devises locales extrêmement volatiles. Les avantages de gratuité, facilité et liberté sont une nouvelle fois mise en avant… jusque dans le choix du nom. Il s’agit pourtant d’un discours trompeur. Car comment empêcher, en effet, que l’entreprise, après avoir siphonné nos contacts et nos opinions, mette la main sur nos revenus et nos achats ? Jusqu’à nous rendre encore un peu plus transparents. La prochaine étape est de nous proposer des produits de crédits ou des produits d’assurances, qui seront parfaitement calibrés en fonction de nos risques, identifiés par nos données collectées sur les messageries et les réseaux sociaux. On ne sera plus très loin des pratiques du « crédit social » chinois, mais cette fois, au bénéfice d’un acteur privé tout puissant qui aura la capacité de s’imposer sur des pans entiers de l’économie.&nbsp;</p><p><br>Le modèle est WeChat, messagerie développée en Chine par Tencent, le principal concurrent de Facebook. Dans le pays, les internautes utilisent cette application pour tout : envoyer des courriels, commander des produits, lire les nouvelles, prendre un rendez-vous, mais aussi régler une dépense ou déposer de l’argent sur son compte bancaire. Il leur suffit par exemple de scanner, avec leur smartphone, le code QR d’une addition au restaurant ou de sa facture d’électricité pour les régler immédiatement. Les stratégies de Facebook et Tencent sont aujourd’hui différentes : l’une crée son propre outil de paiement, alors que l’autre, contrôlé par l’Etat, se contente de faciliter l’utilisation de ceux existant. Mais l’objectif est le même : devenir « le système d’exploitation de notre vie », selon les termes de Siva Vaidhyanathan, professeur à l’Université de Virginie et auteur de <span style="font-style: italic;">Antisocial media : how Facebook disconnects us and undermines democracy</span>.</p><p><br>Amazon, Google et AliBaba devraient s’en inquiéter et réagir. Telegram, l’application de messagerie sécurisée qui compte 300 millions d’utilisateurs à travers le monde, a déjà annoncé un projet similaire à celui de Facebook. Est-ce rassurant ? De telles initiatives minent tous les jours un peu plus le système bancaire actuel en détruisant ses marges. Et il est probable que le monde monétaire de demain voit émerger une nouvelle concurrence entre des devises nationale, des cryptomonnaies et des monnaies locales, à la fois rivales et complémentaires. La question est ensuite de savoir qui pourra imposer sa souveraineté. Les Etats, lourdement endettés, et les banques centrales, prisonnières de leur politique d’assouplissement quantitatif, ne rassurent pas. A ce jeu-là, les GAFA ou BATX, riches de leur trésorerie, de la connaissance de leurs clients et de leur influence, ne sont pas les plus mal placés. Il serait temps de s’en préoccuper !</p><p><br></p><p>A retrouver dans "Le Monde qui vient",&nbsp;Editions Plon (à paraître 29 août 2019)</p>]]></description>
                                <pubDate>Sat, 29 Jun 2019 15:10:48 +0000</pubDate>
                                <guid>https://www.aliafutura.com/b/pourquoi-le-libra-de-facebook-est-bien-loin-de-signifier-liberte-pour-le-consommateur</guid>
                                <link>https://www.aliafutura.com/b/pourquoi-le-libra-de-facebook-est-bien-loin-de-signifier-liberte-pour-le-consommateur</link>
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            <item>
                                <title><![CDATA[Epilogue 3 : La victoire des nationalistes]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>1er décembre 2028</p><p><br>Laetitia se penche, émue, sur le berceau. Antoine y est allongé, paisible. Il dort. Il est né il y a quelques heures, de façon naturelle. Philippe est resté à côté d’elle pendant tout l’accouchement. Quel magnifique moment quand elle a senti la vie sortir de son corps, et quand la sage-femme leur a tendu le bébé ! Il a finalement les cheveux auburn et les yeux clairs. Mais quelle importance ? Il est en bonne santé, c’est tout ce qui compte ! Il faut dire qu’il a pu bénéficier du nouveau programme « 23pourvous »,&nbsp;le programme test du gouvernement réservé aux « français de souche »,&nbsp;selon les termes de la propagande officielle repris dans le prospectus de la Clinique de la Nation.</p><br /><p>1er décembre 2028</p><p><br>Laetitia se penche, émue, sur le berceau. Antoine y est allongé,<br>paisible. Il dort. Il est né il y a quelques heures, de façon naturelle.<br>Philippe est resté à côté d’elle pendant tout l’accouchement. Quel magnifique<br>moment quand elle a senti la vie sortir de son corps, et quand la sage-femme<br>leur a tendu le bébé ! Il a finalement les cheveux auburn et les yeux<br>clairs. Mais quelle importance ? Il est en bonne santé, c’est tout ce qui<br>compte ! Il faut dire qu’il a pu bénéficier du nouveau programme « 23pourvous »,<br>le programme test du gouvernement réservé aux « français de souche »,<br>selon les termes de la propagande officielle repris dans le prospectus de la<br>Clinique de la Nation. Pour cela, Laetitia et Philippe ont dû passer un test de<br>QI et un test ADN. Ils ont pu ainsi tous deux démontrer que leur intelligence<br>était largement supérieure à la moyenne et qu’ils étaient à plus de 50%<br>français ou allemands (les tests actuels n’arrivent malheureusement pas à<br>établir une différence entre les deux) et à plus de 90% nord-européens. Dès<br>lors, ils étaient éligibles à une procréation médicalement assistée entièrement<br>prise en charge par l’Etat. Antoine a été choisi parmi neuf embryons provenant<br>de la fécondation in vitro d’un ovule de Laetitia avec un spermatozoïde de<br>Philippe. Il a été testé et re-testé pour ne laisser passer aucun défaut grave.<br>Il a même été possible d’éliminer l’un de ses gènes qui aurait pu le rendre<br>allergique à un certain nombre de substances. Il était celui « au<br>potentiel physique et intellectuel le plus élevé ». « Un champion »,<br>« un futur leader du Pays », lui a dit en souriant le Chef de<br>Clinique en remettant à Laetitia le carnet de santé de son bébé. Et les<br>avantages ne s’arrêtent pas là : il pourra, d’ici deux ans, intégrer<br>l’Ecole de la Nation, un programme d’élite entièrement gratuit réservé jusqu’à<br>leur majorité aux enfants nés comme lui. Philippe est enthousiaste :<br>« c’est une véritable chance pour Antoine », ne cesse-t-il de<br>répéter ! Des mots qui rappellent à Laetitia ceux qui tournent en boucle<br>sur les réseaux sociaux et à la télévision d’Etat pour assurer la promotion du<br>nouveau programme. Quand on pense que le parti au pouvoir se disait hostile, il<br>y a cinq ans, à toute forme de procréation médicalement assistée. Il a bien<br>vite changé d’avis quand il a vu l’engouement en Chine, en Russie ou aux<br>Etats-Unis pour ce type de techniques. Il a même décidé d’encourager son usage<br>pour une partie de la population qui a la chance de répondre à ses critères. <br><br>Il n’y a que son père, Marc, qui ne veut pas se réjouir de la<br>situation ! Il leur a beaucoup reproché d’avoir « abandonné Antoine à<br>l’Etat », selon son expression. Il faut dire que depuis son licenciement,<br>il est à la dérive, et semble être devenu légèrement paranoïaque. Un effet de<br>l’alcoolisme peut-être ? Il leur a, par exemple, demandé ce que la<br>Clinique faisait des huit autres embryons. Quelle étonnante question ! « Rien »,<br>lui a d’ailleurs répondu le Chef de Clinique en embrayant rapidement sur un<br>autre sujet. Et sur son travail… Marc ne semble pas plus vouloir entendre<br>raison. L’Etat n’a plus de quoi financer le chômage au-delà de six mois ;<br>l’âge de la retraite a été logiquement reporté face à l’augmentation de<br>l’espérance de vie. L’ancien gestionnaire de patrimoine devra donc encore<br>travailler pendant au moins dix ans. L’Etat a créé pour des gens comme lui un<br>programme spécial de travaux d’intérêt général qui lui permettrait d’être<br>rémunéré de façon correcte. Mais il refuse d’y postuler, au motif que celui-ci<br>n’est ouvert qu’à « des français d’origine française ». Il préfère<br>passer son temps à ressasser l’injustice de sa situation, se réfugie dans<br>l’alcool, a perdu toute couverture de santé en dehors des minima sociaux et<br>envisage de céder sa maison pour subvenir à ses besoins. Mais pour aller<br>où ? Laetitia et Philippe n’ont pas suffisamment de place dans leur<br>appartement pour l’héberger, surtout maintenant avec l’arrivée d’Antoine.<br><br>La jeune femme redoute que son père vienne grossir les rangs des fichés<br>E, ces ennemis de l’Etat qui n’adhèrent pas à la politique du nouveau<br>gouvernement. A l’intérieur du fichier figurent tous ceux qui se sont exprimés<br>un jour contre l’actuel pouvoir (E1), ceux qui ne font pas preuve de civisme<br>(E2), ceux qui se sont rendus coupables d’un acte illégal (E3), ceux qui se sont<br>rendus coupables d’un crime (E4), les immigrés (E5) … La base de données est<br>alimentée de tous les contenus traqués sur les réseaux sociaux et sur le net,<br>de toutes les images recueillies au travers des 25 millions de caméras<br>installées sur le territoire, des dossiers d’état civil, de police ou de<br>justice… Un programme d’intelligence artificielle trie en temps quasi- réel les<br>individus à risque qui font ensuite l’objet d’une surveillance particulière.<br>Les moyens alloués au Ministère de l’Intérieur ont doublé, financés par la<br>baisse des budgets de l’Education, de la Sécurité Sociale et de la Culture. Il<br>faut dire que la demande de sécurité était devenue tellement importante de la<br>part de la population, alimentée par des chiffres de la délinquance qui explosaient<br>et des rumeurs d’attentats permanentes, qu’il n’y avait sans doute pas d’autres<br>solutions.<br><br>Marc et Philippe, assis sur le bord du lit, regardent la<br>télévision allumée sur une chaine d’information en continu. Le flash de midi<br>s’ouvre sur les reconduites aux frontières de milliers d’immigrés, en France,<br>mais aussi dans plus d’une dizaine de pays européens. Le successeur de D.<br>Trump, aux Etats-Unis, pose la dernière pierre du mur de 3.150 kilomètres qui<br>sépare son pays du Mexique. L’Organisation Mondiale du Commerce Extérieur vient<br>de décider sa dissolution après avoir échoué une nouvelle fois à limiter les<br>droits de douane entre ses membres. L’Organisation des Nations Unies est<br>devenue une coquille vide où les pays n’envoient plus que des diplomates en<br>retraite sans aucun pouvoir. Et la Cop34 vient de se clôturer sur un constat<br>d’échec : les pays africains, comme beaucoup d’îles de l’Océan Indien,<br>n’ont pas voulu signer la déclaration proposée par les Etats-Unis, la Chine et<br>l’Inde selon laquelle « la situation climatique se serait<br>stabilisée ». Les Européens ont été incapables de se mettre d’accord sur<br>une position commune et se sont finalement abstenus. Il n’y aura pas de Cop35.<br>Pourtant, le nombre de maladies respiratoires aigües a été multiplié par deux<br>depuis dix ans dans les pays occidentaux ; les affections cardiaques ont<br>progressé de 50%. La montée des eaux a englouti plusieurs îles de l’Océan<br>Indien et mené à des transferts massifs de population auxquels la plupart des<br>nations n’ont répondu que par la fermeture de leurs frontières. Les tensions<br>montent partout dans le monde. Face aux dangers, le gouvernement répète à<br>l’envie « qu’il contrôle la situation », tout en dénonçant les<br>« tentatives de déstabilisation de l’étranger ».<br><br>Mais on frappe à la porte de la chambre. C’est Quentin, l’ancien<br>petit ami de Laetitia. Ils sont restés proches depuis leur rupture, il y a cinq<br>ans. Il s’excuse d’être venu les mains vides, mais sa situation n’est pas<br>brillante en ce moment. Il adresse un salut amical à Philippe et tend la main<br>vers Marc. Ces deux-là ne se sont jamais beaucoup appréciés, mais depuis que le<br>jeune homme a été fiché E1+E2+E5 par le gouvernement, il semble avoir retrouvé<br>grâce aux yeux de son père. Celui-ci le gratifie d’ailleurs d’une chaleureuse<br>accolade. « Quelles sont les nouvelles ? » s’enquiert Laetitia,<br>inquiète. Quentin est intermittent du spectacle et petit-fils d’immigré<br>algérien. Il tente actuellement de monter à Paris « Tous des<br>oiseaux » de Wajdi Mouawad, présentée pour la première fois il y a dix ans<br>au Théâtre de la Colline. Une pièce qui raconte l’amour impossible entre un<br>jeune juif et une jeune arabe, et qui invite à dépasser les haines de<br>l’histoire. La Commission de Contrôle des Spectacles vient de lui refuser<br>l’autorisation de jouer. Mais il envisage sérieusement de passer outre et de se<br>produire dans un garage. « L’art est plus fort que les dictatures »,<br>a-t-il coutume de dire… C’était peut-être vrai avant, songe intérieurement la<br>jeune femme. Mais maintenant, avec tous ces moyens de contrôle ?<br><br>Les pleurs d’Antoine la ramènent à la réalité. Il a faim. Laetitia<br>le soulève du berceau et l’emmène dans la salle commune où est conservé le lait<br>maternisé. En s’asseyant pour donner le biberon à son fils, elle est surprise<br>par le nombre de jeunes femmes de couleur qui l’entourent. Curieux pour une<br>Clinique, dite Clinique de la Nation ! La jeune Malgache à ses côtés lui<br>adresse un sourire. Elle s’efforce de calmer la petite fille dans ses bras qui<br>ne cesse de crier depuis cinq minutes… une petite fille de type caucasien qui<br>répond au nom de Marie selon les indications du bracelet qu’elle porte au<br>poignet… A sa droite, un autre bébé de race blanche tète sagement le biberon<br>que lui tend une femme d’âge plus mur d’origine africaine… Comment est-ce<br>possible ? Puis tout d’un coup, le doute transperce son esprit : mais<br>que Marie ressemble à Antoine !</p>]]></description>
                                <pubDate>Wed, 26 Jun 2019 06:22:09 +0000</pubDate>
                                <guid>https://www.aliafutura.com/b/epilogue-3--la-victoire-des-nationalistes</guid>
                                <link>https://www.aliafutura.com/b/epilogue-3--la-victoire-des-nationalistes</link>
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            <item>
                                <title><![CDATA[Epilogue 2 : La victoire des néo libéraux]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>1er décembre 2028</p><p><br>Laetitia se penche, émue, sur le berceau. Antoine y est allongé,<br>paisible. Il dort. Il est né il y a quelques heures. Emeliya, la jeune<br>éthiopienne qui leur a prêté son corps pour donner la vie à leur enfant repose<br>sur le lit, à côté. C’est son cinquième accouchement depuis cinq ans, et un<br>seul pour ses « propres besoins ». Les quatre autres ont été<br>organisés par la Clinique des Sweet Babies au terme de processus de choix bien<br>huilés avec les parents biologiques et par contrats soigneusement ficelés.</p><br /><p>1er décembre 2028</p><p><br>Laetitia se penche, émue, sur le berceau. Antoine y est allongé,<br>paisible. Il dort. Il est né il y a quelques heures. Emeliya, la jeune<br>éthiopienne qui leur a prêté son corps pour donner la vie à leur enfant repose<br>sur le lit, à côté. C’est son cinquième accouchement depuis cinq ans, et un<br>seul pour ses « propres besoins ». Les quatre autres ont été<br>organisés par la Clinique des Sweet Babies au terme de processus de choix bien<br>huilés avec les parents biologiques et par contrats soigneusement ficelés. Laetitia<br>ne peut s’empêcher de regretter un peu cette grossesse, qu’elle n’a pu vivre<br>que par procuration. Et que dire de l’accouchement ? Le cri d’Antoine<br>sorti d’un autre corps que le sien… Arrivera-t-elle un jour à se sentir autant<br>« mère » que celle qui porte un enfant et le met au monde ? Son<br>fils ne lui en voudra-t-il pas d’avoir préféré sa carrière, son confort, son<br>corps à ces neuf mois de gestation qui créent, selon certaines, un lien<br>indéfectible avec celui ou celle à qui on donne vie ? La jeune femme<br>parvient à chasser ces idées noires en se remémorant les mots du Chef de Clinique<br>des Sweet Babies. « Une grossesse 100% contrôlée ». « Un bébé<br>sans défauts ». « Des gènes optimisés ». Antoine a été choisi<br>parmi neuf embryons provenant de la fécondation in vitro d’un ovule de Laetitia<br>avec un spermatozoïde de Philippe. Il a été testé et re-testé pour ne laisser<br>passer aucun défaut grave. Il a même été possible d’éliminer l’un de ses gènes<br>qui aurait pu le rendre allergique à un certain nombre de substances. Il était<br>celui « au potentiel physique et intellectuel le plus élevé ». Comment<br>pourrait-il reprocher ensuite à ses parents d’avoir mis toutes les chances de leur<br>côté pour lui permettre d’aborder au mieux un monde devenu tellement<br>compétitif ? Philippe n’a jamais eu le moindre doute à ce sujet. Et il a<br>achevé de la convaincre hier : quand ils sont arrivés dans la partie de la<br>Clinique dédiée aux naissances, ils ont pu constater que sept étages sur neuf étaient<br>consacrés aux accouchements de fécondations in vitro, et seulement le rez-de-chaussée<br>et le sous-sol étaient réservés aux grossesses naturelles. Le mode de naissance<br>de leur petit Antoine est devenu une norme dans les milieux aisés. Ils<br>n’avaient pas le choix. A 50.000 euros, le revenu moyen de la procréation<br>assistée, avec l’espoir de générations futures plus résistantes et plus<br>performantes, le marché a décidé !<br><br>Il n’y a que son père, Marc, qui ne veut pas se rendre à l’évidence !<br>Il leur a beaucoup reproché d’avoir conçu Antoine comme un « produit sur<br>étagère », selon son expression. Il faut dire que depuis son licenciement,<br>il est à la dérive, et semble ne plus comprendre du tout le monde dans lequel<br>il vit. Laetitia s’inquiète. L’Etat n’a plus de quoi financer le chômage<br>au-delà de six mois ; l’âge de la retraite a été logiquement reporté face<br>à l’augmentation de l’espérance de vie. L’ancien gestionnaire de patrimoine<br>devra donc encore travailler pendant au moins dix ans. Mais il refuse de se<br>remettre en cause. Une coach lui a conseillé une formation à l’intelligence<br>artificielle ou de changer complètement de métier en s’inscrivant sur une<br>plateforme de bricolage pour louer ses services. La pénurie actuelle de<br>plombiers ou d’électriciens devrait lui permettre de trouver du travail sans<br>trop de difficulté et d’en vivre correctement. Au lieu de cela, il passe son<br>temps à ressasser l’injustice de sa situation, se réfugie dans l’alcool, a<br>perdu toute couverture de santé en dehors des minima sociaux et envisage de<br>céder sa maison pour subvenir à ses besoins. Mais pour aller où ? Laetitia<br>et Philippe n’ont pas suffisamment de place dans leur appartement pour<br>l’héberger, surtout maintenant avec l’arrivée d’Antoine.<br><br>La jeune femme redoute que son père vienne grossir les rangs des<br>allocataires du RMG, le fameux Revenu Minimum Garanti, mis en place par le<br>gouvernement il y a cinq ans, avec le soutien de fonds privés provenant notamment<br>du secteur technologique. Son montant n’a pas cessé d’être revalorisé depuis<br>lors… à chaque flambée de violence dans les quartiers où ont tendance à se<br>regrouper ces populations. Mais pour quel résultat ? Des masses de plus en<br>plus importantes d’individus désoeuvrés, parqués dans des ghettos, et une jalousie<br>qui ne cesse de se développer vis-à-vis des nantis. Le taux de criminalité n’a<br>jamais été aussi élevé. Cela a conduit à une explosion du secteur de la<br>sécurité privée car l’Etat n’arrive plus à faire face. Un tiers de la<br>population consacrerait en moyenne 5% de ses revenus à se protéger et à protéger<br>son patrimoine de la convoitise d’un autre tiers de la population qui n’a plus<br>d’objectif ni d’espoir dans la vie. Et on prévoit encore un accroissement de<br>50% de ce type de dépenses au cours des cinq prochaines années. C’était<br>peut-être une fausse bonne idée ce Revenu Minimum Garanti !<br><br>On frappe à la porte de la chambre. C’est Quentin, l’ancien petit<br>ami de Laetitia. Ils sont restés proches depuis leur rupture, il y a cinq ans.<br>Il tient à la main un superbe bouquet de fleurs qu’il lui offre avec un<br>sourire. Quentin est intermittent du spectacle, un métier de<br>« profiteurs », dirait son père. Ce n’est pourtant plus vraiment le<br>cas aujourd’hui. Le régime d’assurance-chômage de la profession a été passé à<br>la pierre ponce par le dernier gouvernement, de même qu’une bonne partie des<br>subventions au secteur public de la culture. Le résultat ne s’est pas fait<br>attendre : la moitié des salles de spectacles ont fermé, 80% des films de<br>cinéma sont américains, indiens ou chinois, et le PIB de la France dans le domaine<br>de la culture est tombé au dixième rang mondial. Heureusement Quentin a pu s’en<br>sortir en signant pour une série sur Netflix, entièrement écrite par<br>l’intelligence artificielle. Au départ, les situations sont sélectionnées par<br>la machine en fonction des séquences qui ont le mieux marché sur les cinq<br>dernières années dans plusieurs dizaines de milliers de feuilletons ayant connu<br>le succès. Ensuite, différentes scènes sont tournées et proposées à un<br>échantillon de spectateurs, dont les réactions sont recueillies par casque<br>d’électroencéphalogramme. Le scénario et la mise en scène sont ensuite modifiés<br>automatiquement pour aboutir à la version finale. Les trois premières saisons<br>ont connu un immense succès partout dans le monde. Des déclinaisons locales sont<br>en cours de tournage. Quentin y a décroché l’un des rôles principaux. Il a été<br>casté par le public parmi la candidature de plus d’un millier d’acteurs. Une<br>vraie chance !<br><br>A la télévision, restée allumée sur une chaîne d’information en<br>continue, le flash de midi s’ouvre une rétrospective de la crise des<br>« gilets jaunes ». Un mouvement lancé il y a tout juste dix ans, et<br>qui s’est avéré bien éphémère. Il a été vite dépassé par toute une série<br>d’autres éruptions de plus en plus volcaniques alimentées par les réseaux<br>sociaux : des menus des cantines scolaires au Frexit, des modalités d’examens<br>dans le supérieur au nouveau régime de retraite. Jusqu’à ce que tout se<br>banalise… A la révolte a succédé l’apathie de populations chloroformées par le<br>Revenu Minimum Garanti et ne croyant plus à rien. L’individualisme l’a<br>définitivement emporté sur toute notion d’intérêt collectif. Il n’y a qu’à<br>regarder à la télévision les images suivantes de la Cop34 qui vient de se<br>clôturer en Chine. La caméra balaye une salle où la moitié des sièges sont<br>vides. Le communiqué final ressemble à s’y méprendre à celui des dix dernières<br>années : un pavé de bonnes intentions sans aucun engagement sérieux !<br>Depuis la sortie des Américains de l’accord de Paris, il n’a jamais été<br>possible de remonter le courant. Pourtant, le nombre de maladies respiratoires<br>aigües a été multiplié par deux depuis dix ans dans les pays occidentaux ; les<br>affections cardiaques ont progressé de 50%. La montée des eaux a englouti<br>plusieurs îles de l’Océan Indien et mené à des transferts massifs de<br>population. Tant de drames humains et écologiques qui devraient tous nous alerter<br>! Il faut dire que parallèlement, Sergey Brin promet des filtres à air<br>directement implantés dans les poumons et des cœurs artificiels résistant à la<br>pollution. Elon Musk envisage toujours de coloniser Mars. Il commence à<br>construire des abris sur la planète pouvant accueillir les humains. En tous<br>cas, c’est ce qu’il dit ! Les scientifiques sont toujours dubitatifs. Et<br>puis, qui pourra se le payer ? A 300.000 euros annoncés le prix du voyage…<br><br>Laetitia se tourne vers Antoine. Peut-être qu’il vivra demain sur<br>Mars ? Il faut s’y préparer. En tous cas, il part avec le maximum de<br>chances dans la vie : il est né au bon étage de la Clinique ! Les<br>cris des bébés provenant du sous-sol et du rez-de-chaussée lui rappellent que<br>ce n’est pas le cas pour tout le monde.</p>]]></description>
                                <pubDate>Wed, 26 Jun 2019 06:15:26 +0000</pubDate>
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                                <title><![CDATA[Révolution digitale : comment transformer la menace en opportunités ?]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>Réseaux sociaux, internet mobile, internet des objets, big data, intelligence artificielle, industrie 4.0, blockchain, économie du partage, méthode agile, open innovation…, autant de mots apparus ces dernières années et qui symbolisent la révolution digitale et les bouleversements profonds auxquels les sociétés, les entreprises, les individus doivent s’adapter. Le chemin paraît rude et chacun n’avance pas à la même vitesse.&nbsp;</p><br /><p>Réseaux sociaux, internet mobile, internet des objets, big data, intelligence artificielle, industrie 4.0, blockchain, économie du partage, méthode agile, open innovation…, autant de mots apparus ces dernières années et qui symbolisent la révolution digitale et les bouleversements profonds auxquels les sociétés, les entreprises, les individus doivent s’adapter. Le chemin parait rude et chacun n’avance pas à la même vitesse.</p><p>L’Europe est en retard sur les USA ; certaines entreprises sur d’autres. Selon une étude Harris Interactive de fin 2015, neuf dirigeants de TPE-PME français sur dix considéraient que la transition numérique était un enjeu important pour les entreprises françaises. Mais ils n’étaient que 59% à estimer qu’il était important pour leur propre société. Une grosse différence existe donc entre la prise de conscience de cette révolution et la manière avec laquelle chacun s’y prépare. En mars 2014, Nelly Kroes, vice-présidente de la Commission Européenne chargée de l’économie numérique déclarait : « L’absence de compétences numériques est une nouvelle forme d’illettrisme ». Elle ajoutait : « D’ici 2020 – autant dire demain – 90 % des emplois nécessiteront des compétences numériques, et nous ne sommes pas prêts. »<br>Pour s’adapter à la « révolution digitale », il faut d’abord la comprendre.<br>Derrière ce terme un peu galvaudé de « révolution digitale » se cachent en fait quatre révolutions majeures auxquelles les entreprises et leurs salariés doivent faire face :<br>une révolution technologique : la technologie numérique, en transformant une information (texte, son, image, vidéo) en une suite de chiffre (1 ou 0), a simplifié le traitement de cette information par la machine ; l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul des serveurs, de la vitesse de transmission de la data, du stockage des données… a ensuite permis de repousser toujours plus loin le champ des possibles ;<br>une révolution des usages : il a fallu une vingtaine d’années à internet pour être adopté par 50% de la population mondiale, une quinzaine d’années aux réseaux sociaux pour s’imposer auprès de 37% des habitants de la planète et moins de dix ans à l’internet mobile pour dépasser l’internet fixe ; de nouveaux usages et de nouveaux business modèles en sont nés ;<br>une révolution des valeurs : au second trimestre 2017, sept des dix premières capitalisations boursières proviennent du digital et n’existaient pas ou à peine il y a vingt ans ; et derrière Apple, Alphabet, Microsoft, Amazon, Facebook émergent depuis peu les chinois Ali Baba et Tencent ; dans le même temps, Kodak, Blackberry, Blockbuster et beaucoup d’autres ont disparu pour ne pas avoir réussi à s’adapter rapidement à ces changements profonds apportés par le numérique ;<br>une révolution managériale : les succès de ces startups, devenues en quelques années des géants mondiaux, reposent sur des modes d’organisation et de management nouveaux.<br>Notre conviction est que chacun peut s’adapter à ce nouveau monde s’il en a les codes.Beaucoup d’entreprises s’adaptent et voient dans ces bouleversements de formidables opportunités. Nous en avons étudié un certain nombre, aussi bien parmi les grands groupes français ou étrangers que parmi des PME ou des startups. A travers plus d’une soixantaine d’exemples, nous avons surtout voulu donner une grille de lecture aux initiatives qui marchent en les regroupant en dix tendances clés qui irriguent toute stratégie digitale.<br>« Be consumer centric ». Dans des marchés devenus mondiaux et de plus en plus transparents où il y a profusion d’offre, la différence se joue dans la manière de traiter le client.<br>“Winner takes all: differentiate or die”. Nombre d’acteurs du digital sont tentés de tirer profit de leur avantage technologique instantané en jouant sur des stratégies de volume (parfois au détriment de la rentabilité) pour prendre rapidement des parts de marché massive. Il devient alors impératif de se différencier dans son offre pour pouvoir résister.<br>« Develop your community ». Dans cette gigantesque place publique virtuelle qu’est Internet, ses utilisateurs ont éprouvé le besoin de se rassembler en fonction de leurs centres d’intérêt, de critères socio-démographiques, de projets communs. Une nouvelle économie autour des plateformes, qu’elles soient sociales, communautaires ou collaboratives, est née.<br>“Dematerialize, share, disintermediate”. Le digital privilégie l’économie de l’accès à l’économie de la propriété. Il conduit à éliminer tout intermédiaire superflu.<br>“Think ATAWAD (Any Time, Any Where, Any Device)”. L’internet mobile permet de suivre le client à tout moment, en tout lieu, et sur n’importe quel support, de façon à établir une relation permanente avec lui.<br>“Data is king, Big Data is emperor”. La data est partout : pour analyser le produit, pour analyser les réactions du client, pour optimiser les process, pour nourrir les programmes d’intelligence artificielle… Sa puissance devient considérable.<br>“Connect everything”. Le marché des objets connectés devrait doubler d’ici à 2020. Il envahit notre quotidien, aussi bien notre santé ou notre bien-être, que nos maisons, nos villes ou nos usines.<br>“Test and learn”. Dans le nouveau monde digital, le succès provient de la capacité à s’adapter rapidement à son marché et à coller aux besoins de ses utilisateurs.<br>“Adopt a new management”. Les anciennes organisations hiérarchisées ou travaillant en silo doivent faire place à des organisations plus agiles où la collaboration, l’expérimentation et la délégation règnent en maitre.<br>“Innovation is the only way to win”. Dans des marchés susceptibles d’être bouleversés à tout moment, l’innovation permanente devient une nécessité. Elle ne peut rester cantonnée aux départements de R&D mais doit être le fruit de la collaboration de l’entreprise avec l’ensemble de son écosystème.<br>Transformer la menace de la révolution digitale en opportunités demande pour les entreprises comme pour les individus une compréhension de la situation, la maîtrise de certains codes et un effort certain pour changer et s’adapter. Pour autant, c’est à la portée de tous. C’est ce dont nous avons voulu convaincre dans notre ouvrage… car il est grand temps d’emprunter à titre individuel ou collectif le chemin de cette transformation, sans crainte excessive mais également sans naïveté, pour contrôler au mieux son avenir.<br>Christophe VICTOR - Directeur Général Délégué du groupe Les Echos<br>Lydia BABACI-VICTOR - Directrice de l’Innovation et du Développement de VINCI ENERGIES<br>Auteurs de « Révolution digitale : transformer la menace en opportunités ». Editions Eyrolles. Mai 2017.</p>]]></description>
                                <pubDate>Wed, 05 Jun 2019 10:04:16 +0000</pubDate>
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                                <title><![CDATA[Productivité de la France : le sombre diagnostic du Conseil National de Productivité.]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>Publié le 18 avril, mais éclipsé par l’incendie de Notre Dame de Paris, le Grand Débat et les gilets jaunes, le premier rapport du Conseil National de Productivité (CNP) a été bien peu commenté. A tort. Car il pointe sans concession plusieurs des principales insuffisances de notre pays.</p><br /><p>Créés à la demande du Conseil de l’Union Européenne dans chaque état membre, les CNP sont composés d’économistes chargés de réfléchir aux raisons pour laquelle la croissance de la productivité ne cesse de ralentir depuis les années 70 dans les pays industrialisés. Une question essentielle quand on sait, depuis Schumpeter, que celle-ci alimente la progression du PIB et donc le niveau de vie futur des populations.<br>Une baisse de la productivité horaire en France comme dans les autres pays de l’OCDE.<br>Le CNP français a livré le 18 avril son premier rapport sur la situation du pays. Il rappelle que celui-ci dispose d’un niveau élevé de productivité, semblable à celui de l’Allemagne (ou des Etats-Unis - cf blog de janvier 2017 de T. Piketty dans le Monde). Mais il n’en demeure pas moins que si sa productivité horaire s’est redressée entre 2012 et 2017 de 0,8% par an en moyenne (contre 0,2% entre 2007 et 2012), elle est loin d’atteindre les niveaux des années précédant la crise financière (1,3% entre 2000 et 2007, 2,1% entre 1985 et 2000). Cette tendance, apparue d’ailleurs dans la plupart des pays de l’OCDE, alimente la crainte d’une « stagnation séculaire » et fait conclure au Prix Nobel d’Economie américain Robert Solow, qui avait pourtant mis en avant en 1956 le rôle crucial du progrès technique dans la croissance économique : « l’âge de l’informatique est partout, sauf dans les statistiques de la productivité ».<br>Une insuffisante diffusion des innovations et une inadaptation des organisations.<br>Le rapport du CNP met en avant plusieurs facteurs explicatifs : une orientation de la structure productive vers des secteurs à plus faible productivité que sont les services par-rapport à l’industrie, un essoufflement de la contribution des technologies de l’information et de la communication (TIC) à la croissance, une plus grande dispersion des productivités entre entreprises… Mais l’argument essentiel nous semble celui avancé dans plusieurs études par Brynjolfsson et McAfee, qui est celui du temps nécessaire à des technologies à usage multiple pour se diffuser largement. L’électrification a pris plus de nombreuses années avant de produire des effets significatifs sur la productivité. Il a fallu à l’époque équiper toutes les infrastructures, les entreprises et les foyers, mais il a surtout fallu modifier les organisations. Selon les auteurs, il en est de même pour les troisième et quatrième révolutions industrielles. S’il est encore difficile de voir dans les statistiques macro-économiques leur impact, c’est de fait plus facile au niveau micro-économique. On ne compte plus en effet les rapports de l’OCDE ou de grands cabinets de consulting qui mettent en évidence l’hétérogénéité des chiffres de productivité entre les entreprises les plus efficaces (à la frontière de la technologie) et les autres. La léthargie actuelle qui frappe nos économies s’expliquerait donc plus par une insuffisante diffusion des innovations disponibles et une inadaptation relative des organisations à les recevoir, qu’à une inefficience de ces nouvelles technologies.<br>Un déficit de compétences et de management<br>Et que nous dit le rapport du CNP sur les capacités de la France à accélérer cette mutation ? Son diagnostic est, hélas, sombre ! « Les compétences des adultes en France sont inférieures à la moyenne des pays de l’OCDE, avec une déqualification au fil de la vie active, notamment par manque de formation continue et en particulier chez les salariés les plus précaires. (…) Cela pose problème compte tenu des exigences croissantes liées à l’évolution de la technologie ». Ou « les enquêtes sur la qualité du management et des pratiques organisationnelles au sein des entreprises révèlent un score moyen de la France dans le domaine ; (…) en conséquence, les entreprises françaises accusent un retard dans l’adoption et la diffusion des TIC ». Ou encore « les performances françaises en matière d’innovation apparaissent nettement inférieures à celles des principaux pays européens en pointe dans ce domaine ».<br>L’urgence de la formation continue.<br>La croissance future sera pourtant portée par l’innovation organisationnelle, nécessaire pour tirer parti des avantages des nouvelles technologies et l’adaptation des compétences. Cela implique des investissements considérables dans l’éducation et surtout la formation tout au long de la vie. A cet égard, la réforme d’avril 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » n’est qu’un bien timide pas en avant, très loin de l’enjeu réel. C’est à une révolution copernicienne qu’il faut procéder, impliquant de façon beaucoup plus importante les entreprises, les branches professionnelles et les syndicats. Selon Korn Ferry, 85,2 millions de salariés qualifiés manqueront dans le monde d’ici 2030, représentant une perte d’opportunités de 8 ,5 milliards de revenus. La France figurerait parmi les quatre pays les plus touchés avec un déficit de 1,5 million de travailleurs. Le CNP vient nous rappeler fort opportunément qu’il s’agit là d’un enjeu majeur sur lequel se pencher sans tarder.<br>La nécessité de l’évolution de l’organisation des entreprises.<br>Mais il souligne également la nécessité de faire évoluer plus rapidement l’organisation des entreprises. Celles-ci restent encore bien souvent trop hiérarchisées, peu ouvertes sur l’extérieur, organisées en silo. Si elles ne comprennent pas rapidement qu’elles doivent se transformer pour être centrées sur leurs clients, flexibles, collaboratives, et à l’écoute de leurs salariés, alors elles risquent tout simplement de disparaître. « 90% des nouvelles sociétés qui menacent les leaders d’aujourd’hui ont été créées par des personnes de moins de 35 ans », constatait S. Bazin, le PDG d’Accor, en 2013. Celles-ci ont procédé à une véritable révolution managériale qui a pour nom : lean startup, méthodes agiles, management libéré, open innovation… Les entreprises traditionnelles ne peuvent pas ignorer ce phénomène et doivent s’adapter à cette nouvelle concurrence, au risque sinon d’être moins efficaces, de voir partir progressivement leurs meilleurs collaborateurs et de finalement disparaître. De leur capacité à trouver rapidement leur nouveau modèle d’organisation dépendra leur croissance future et plus globalement la santé économique du pays.<br><br>Christophe VICTOR - Consultant, auteur, conférencier.</p><p><br></p><p>Pour approfondir : « Révolution digitale : transformer la menace en opportunités ». Christophe VICTOR – Lydia BABACI-VICTOR (Eyrolles, avril 2017).<br>« Le monde qui vient ». Christophe VICTOR (à paraître, Plon, septembre 2019).</p>]]></description>
                                <pubDate>Fri, 17 May 2019 11:02:39 +0000</pubDate>
                                <guid>https://www.aliafutura.com/b/productivite-france</guid>
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            <item>
                                <title><![CDATA[Comment Lego s'est sauvé de la faillite grâce à l'open innovation.]]></title>
                                <description><![CDATA[<p>Au début des années 2000, enregistrant des pertes significatives, Lego, concurrencé par les jeux vidéo, n’est pas passé loin de la faillite. L’entreprise a commencé à se redresser par des programmes d’économies drastiques, mais aussi quand elle a introduit sur le marché Lego Mindstorm, une gamme de briques équipées de capteurs et de moteurs programmables, qui permettent aux clients de concevoir leurs objets ou robots et de les animer. Pourtant rien ne s’est passé sur ce projet comme l’entreprise l’avait initialement prévu.</p><br /><p>Dans les trois semaines qui ont suivi son lancement, plus de mille utilisateurs avancés – dans une campagne coordonnée sur le web – ont commencé à « hacker » le logiciel fourni avec Mindstorm et à faire des modifications non autorisées. Dans un premier temps, Lego a envisagé de poursuivre les contrevenants. Mais il s’est vite rendu compte qu’en l’espace de très peu de temps, les hackers venaient d’améliorer le produit original de façon significative, notamment en direction d’une cible de 18 ans et plus qu’elle convoitait fortement.</p><p>L’entreprise a alors entièrement changé son approche. Elle a choisi une quarantaine d’ambassadeurs dans une vingtaine de pays du monde parmi les communautés de passionnés qui s’étaient naturellement développées sur internet. Ceux-ci ont été chargés d’être les interfaces entre l’entreprise et ses clients et ont été associés de façon proche dans toutes les étapes de design des nouveaux produits. Elle a également laissé faire la « collaboration forcée » sur Mindstorm en introduisant dans ses produits certaines des fonctionnalités imaginées par les hackers. Elle a enfin proposé à ses clients Lego Factory un logiciel gratuitement téléchargeable sur son site, qui permet de dessiner ses propres jouets et de les commander ensuite… Ou quand innovation et personnalisation, deux approches essentielles à l’heure du digital, se rencontrent !<br><br>A suivre : De quoi le « growth hacking » est-il le nom ?<br>Pour approfondir : « Révolution digitale : transformer la menace en opportunités ». Christophe VICTOR – Lydia BABACI-VICTOR (Eyrolles, avril 2017).<br>« Le monde qui vient ». Christophe VICTOR (à paraître, Plon, septembre 2019).</p>]]></description>
                                <pubDate>Fri, 17 May 2019 11:01:54 +0000</pubDate>
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